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Transmission de l’hépatite C

Le virus de l’hépatite C est essentiellement transmis par transfusion de sang et l’injection intraveineuse de drogue. Chez 20 % des malades, le mode de transmission reste inconnu

Par le Dr Didier Mennecier

La contamination par le virus de l’hépatite C est essentiellement par voie sanguine (parentérale), la transfusion de sang ou de dérivés sanguins et l’injection intraveineuse de drogue étant le plus souvent en cause. Toutefois, chez 20 % des malades, le mode de transmission reste inconnu mais pourrait être soit une contamination sanguine méconnue, soit une contamination par voie sexuelle, contact familial ou de la mère à l’enfant.

La toxicomanie intraveineuse est la source majeure de contamination dans le monde et plus particulièrement dans les zones de faible endémie. Le risque de contamination par aiguille souillée est 200 fois supérieur pour le virus C que pour le VIH.
On note ainsi une prévalence des Ac anti-VHC chez les toxicomanes de 60 % avec 2700 à 4400 nouveaux cas annuels d’infection chez les toxicomanes.
La transmission est liée au partage des seringues et du matériel accessoire (récipient, filtre), mais l’usage de drogues par voie nasale est probablement aussi un mode de contamination du fait du partage d’une même paille.
Le risque d’être contaminé après un an de toxicomanie intra-veineuse est de 50 %.

Figure n°1 : Prévalence des Ac anti-VHC chez les toxicomanes est de 60 %

La transfusion de sang ou de produits dérivés du sang a été un facteur majeur de contamination jusqu’en 1991.
Ainsi, près de 100% des hémophiles ayant reçu des fractions coagulantes avant 1987 présentent des anticorps anti-VHC positifs. Les personnes polytransfusées, les hémodialysés et les transplantés d’organes sont aussi concernés.
Depuis 1991, il existe une chute du risque transfusionnel grâce aux mesures successives de dépistage des donneurs de sang. Actuellement, le risque « résiduel » de contamination est estimé à 1 pour 515 000 dons, entraînant annuellement 5 hépatites post-transfusionnelles en France.
Il reste donc un risque infime de contamination.
De plus, votre médecin vous demandera de réaliser un contrôle sanguin post-transfusionnel 3 mois après.

Le contact avec du sang infecté peut se produire lors d’actes invasifs et d’effractions cutanées avec des instruments ou des aiguilles souillés de sang infecté et insuffisamment désinfectés lorsqu’ils sont utilisés pour percer ou couper la peau.
Ainsi la contamination est possible lors de séances d’acupuncture si les aiguilles ne sont pas jetables, lors de la mésothérapie si le matériel n’est pas à usage unique et au cours de tatouage, piercing et dermographie.
Tout matériel médical ou non médical pouvant être en contact avec le sang, réutilisable et mal stérilisé peut transmettre ainsi le VHC d’où l’obligation d’utiliser un matériel à usage unique.

La contamination était possible au cours d’actes médicaux dits « invasifs », tels que l’endoscopie surtout avant 1997, et l’hémodialyse. Actuellement, l’utilisation d’un matériel à usage unique élimine le risque.

La transmission professionnelle chez les soignants existe mais reste rare, le plus souvent par blessure accidentelle avec du matériel souillé. Le risque de contamination après un accident d’exposition au sang (AES) est de 3-5 % si le patient a une virémie (virus dans le sang) faible et de 10 % si le patient à une virémie élevée. La prévalence des anticorps anti-VHC des soignants est globalement superposable à celle de la population générale.

Il peut exister une contamination mère-enfant : c’est-à-dire une transmission du virus de la mère infectée à son enfant au moment de l’accouchement. Ce risque de transmission est estimé entre 5 et 6 %. En cas de co-infection par le virus du sida (VIH), il est alors beaucoup plus élevé (20 %).
La majorité des études ont montré que l’ARN du VHC est indétectable dans le lait maternel. Il n’y a donc pas de risque de transmission du virus de l’hépatite C lors de l’allaitement. L’allaitement maternel reste déconseillé lorsque la mère est également atteinte par le VIH (Figure n°2).

Figure n°2 : Risque de transmission du virus de l’hépatite C est estimé entre 5 et 6 %.

Le risque de transmission du virus de l’hépatite C par voie sexuelle est très faible.

La séroprévalence du VHC varie entre 0 et 6,3 % chez les partenaires hétérosexuels ou homosexuels de malades atteints d’hépatite virale chronique C.
L’ARN du virus de l’hépatite C n’est pas retrouvé dans les sécrétions vaginales et très rarement dans le sperme avec une concentration dans ce cas de 10 à 100 fois inférieure par rapport au sang.
En revanche, on retrouve le virus dans le sang menstruel et la contamination est donc possible, en particulier à l’occasion de rapports pendant les règles, en cas d’infections génitales (herpès) ou de lésions des organes sexuels.
Certaines pratiques sexuelles traumatiques et sanglantes peuvent être responsables de la transmission du virus C.

La transmission dans l’entourage familial des sujets atteints d’hépatite chronique virale C (Transmission intra-familiale) a été retrouvée dans certaines études, de l’ordre de 3 %.

En fait, il semble que ces résultats étaient liés à des contacts sexuels concomitant ou des partages d’un autre mode de transmission telle la toxicomanie intraveineuse. Le risque semble donc être extrêmement faible.
Il est conseillé de ne pas partager certains objets de toilette qui pourrait faciliter la transmission sanguine : rasoir, ciseaux à ongles, brosse à dents et matériel d’épilation.

En revanche, les objets usuels tel que les couverts ou les verres ne nécessitent pas de désinfection particulière. En cas de coupure ou de plaie cutanée, il faut immédiatement désinfecter et mettre un pansement couvrant.

Il n’est pas nécessaire d’effectuer une sérologie virale C dans l’entourage familial en dehors des partenaires sexuels et des enfants qui auraient pu être contaminés par la mère à la naissance.

Le risque de transmission par la salive n’existe pas. Il n’y a pas de risque de transmission par le simple baiser, malgré la probable présence du virus dans la salive. Pour que le virus de l’hépatite C infecte une autre personne, il faut que la salive soit en contact avec une coupure ou une lésion cutanée.

Quelles précautions dois-je prendre si je suis porteur du virus de l’hépatite C ?

Il faut que vous demandiez à votre médecin de prescrire une prise de sang de dépistage à votre mari ou à votre femme afin de savoir si il ou elle est contaminé(e) ou non, même si le risque est exceptionnel.

Dans la vie courante, il ne faut donc pas partager les objets de toilette pouvant être en contact avec du sang : rasoir, ciseaux à ongles, coupe-ongles, brosse à dents, matériel de détartrage dentaire et matériel d’épilation. Il n’y a pas de risque de contamination par le baiser ou lors du partage de la vaisselle. Les objets usuels tel que les couverts ou les verres ne nécessitent pas de désinfection particulière.

Il n’y a pas de justification scientifique pour modifier son alimentation. Cependant, une perte de poids est conseillée s’il existe un surpoids, car celle-ci permet de diminuer le niveau d’activité des transaminases et peut- être d’améliorer la réponse thérapeutique antivirale. Il est conseillé au malade atteint d’hépatite virale chronique C de modérer sa consommation d’alcool à 10 g/jour soit 1 seul verre de vin.

Les traitements immunosuppresseurs sont à éviter car ils augmentent la réplication virale et peuvent être associés à une aggravation, lors de leur arrêt, des lésions du foie. Il faut bien indiquer votre infection aux différents médecins qui vous traitent.

La vaccination contre le virus de l’hépatite B et contre l’hépatite A sont vivement conseillées.

Dans le domaine de la santé : Il faut informer de son hépatite virale C le personnel médical ainsi que lors de tout accident traumatique avec exposition de son sang à un tiers.
En cas de coupure ou de plaie cutanée, nettoyer, désinfecter avec du Dakin ou de l’eau de Javel, puis effectuer immédiatement un pansement recouvrant largement la plaie.


Références :

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